Analogies
Des ponts entre domaines. Musique et gastronomie pour commencer : l’équilibre des saveurs et celui des accords, une même exigence de goût.
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Musique et gastronomie ont ceci en commun : il y a toujours un goût à satisfaire. En musique, l’équivalent du fast-food, c’est le tube de l’été, une musique très simple, qui passe presque partout. C’est justement sa simplicité, martelée et reformulée sans fin, qui la rend difficile à détester : une bonne partie des musiques les plus connues doivent leur succès à cette simplicité, à la fois une force et une faiblesse. Ça fonctionne, pour qui ne cherche pas à s’y intéresser en profondeur.
Il existe aussi, dans les deux domaines, une profondeur et des goûts plus raffinés, et la comparaison entre accords et saveurs tient bien. Un bon plat équilibre ses saveurs : un peu de sel, pas trop ; du gras comme vecteur de goût ; de l’acidité pour casser ce gras et garder de la légèreté, sans attaquer méchamment ; un peu d’amertume pour une profondeur que l’umami prolonge. Le sucré se marie souvent avec tout le reste, et les meilleurs plats rassemblent l’ensemble, avec des jeux de texture et une longueur en bouche implacable.
Tout ça a son équivalent en musique. L’accord majeur, ce serait le sucré ; le mineur, le salé. Un accord de septième, ou une légère dissonance, ce serait l’acidité. Des accords plus complexes, des armures différentes, apportent leurs propres saveurs et arômes. Le tempo, le rythme, le timbre jouent le rôle des textures. Et un morceau a une attaque, un milieu, une fin, comme un plat se déguste du premier geste jusqu’à l’arrière-goût.
Ce qui relie le raffinement des deux domaines, c’est de combiner tous ces paramètres avec sincérité et précision, jusqu’à faire ressentir une émotion, qu’on déguste un plat ou une musique. L’équilibre est la clé dans les deux cas, avec un même goût pour la légère dissonance, la découverte, l’originalité. Il y a sûrement beaucoup d’autres ponts à tracer entre ces domaines ; celui-ci n’est qu’un début.
